Rosine

Rosine

4 octobre 2026 Non classé 0

Ce texte a été écrit et lu collectivement par des membres du Collectif 11 Droits des femmes à l’occasion de l’Ultime rassemblement en mémoire de Rosine Borghi Charlut, co-fondatrice et présidente historique de notre association, le 7 août 2026, après son décès d’une longue maladie le 3 août.

Dessin de Zmeya

Au Collectif 11 Droits des femmes, Rosine était un trait d’union et bien plus. La voir en manif était une image marquante, ou plutôt, mille images marquantes. Elle arpentait la manifestation, préparant les actions et rassemblements à venir, présentant les unes et les uns aux autres, organisant le ciné débat suivant, distribuant des tracts, unissant les militantes et les militants. C’est par conviction et avec une énergie sans faille qu’elle s’est occupée pendant des années de l’Unitaire, le journal de la FSU11, et de la section retraité-es du SNES-FSU, et qu’ elle militait pour l’union de la gauche, à Ensemble ou l’Après. Elle faisait le lien entre l’Aude et les luttes des femmes dans le monde entier : dans les prises de parole du Collectif, ces dernières années, elle lisait toujours le paragraphe sur ces combats à soutenir, quand ce n’était pas celui rappelant que l’extrême droite est l’ennemie des femmes, et elle brandissait toujours en solidarité aux femmes du monde entier la banderole « Femme Vie Liberté ».

Oui, elle aimait lutter mais aussi parler, raconter, transmettre… Après ses années d’enseignement, enseignante de mathématiques si appréciée de ses élèves et collègues de Limoux, d’autres élèves et professeurs de Jules Fil ou de Louise Michel se souviennent de ses interventions sur l’égalité, contre les violences, d’autres du collège Varsovie, de sa présence pour expliquer, sans jamais lasser, l’engagement militant ou le droit de ne pas avoir de religion. Au Colisée, quand elle ne présentait pas les films, n’animait pas les débats ou ne parcourait pas la salle avec le micro, elle avait toujours une question ou une prise de parole pertinente et inspirante.

Mais elle ne faisait pas partie de ceux et celles qui parlent sans écouter, bien au contraire. Nombreuses ici sont celles qu’elle a écoutées et soutenues, accompagnées dans des moments de coup dur. Elle en a accompagné, des femmes, au commissariat ou au tribunal… Elle incarnait la sororité et l’adelphité avant que ces mots ne soient dans toutes les bouches militantes… Écouter, c’était aussi se tenir au courant. Sur tous les sujets et les enjeux qui l’intéressaient, elle lisait, écoutait, regardait du contenu. Des romans, des essais, des BD, oui beaucoup de BD chez Rosine ! … Sur la transidentité, la gestation pour autrui, la prostitution et le travail du sexe, sujets sur lesquels certains et certaines parlent sans savoir… elle lisait, écoutait, et veillait à avoir une parole mesurée et documentée. Sur les droits humains, sur l’émancipation des femmes et des hommes partout dans le monde, sur les courants de l’extrême droite à combattre, ou ceux du féminisme à concilier..

En cela, Rosine était une digne héritière des idéaux de la Commune : elle fut ainsi un trait d’union entre les pétroleuses et leurs descendantes (souvenir de la banderole qu’elle avait tenu à fabriquer pour les 150 ans de la Commune à Narbonne), chantant avec force et amour Le chant des cerises, arborant avec fierté son badge Louise Michel à chaque rassemblement ou rencontre publique, reprenant avec passion et respect les mots de André Léo, autre communeuse : « Il faudrait résonner un peu : croit-on pouvoir faire la révolution sans les femmes ? », lisant avec ferveur les Lettres de prison de Louise Michel à la Maison de la Région pour qu’à jamais ses mots infusent le vent de l’insoumission…Nous ne pouvons oublier ces rencontres créées entre militantes de Narbonne et de Carcassonne. De ces moments festifs de lectures et de chants partagés sont nées de nouvelles amitiés et solidarités féministes, là encore, un beau trait d’union de la part de Rosine.

On disait d’elle avec tendresse que le toit de sa maison ne lui tomberait pas sur la tête mais elle savait apprécier ces moments nécessaires de pause pour mieux se régénérer et retrouver ses ami.es pour les accueillir comme il se doit à Saint Zacharie. Elle a donc parcouru le département, la région et le pays, toujours déter pour aller rejoindre les copines manifestant à Narbonne, intervenir dans un ciné débat à Limoux, aller à Nice pour la manifestation Toutes aux frontières à l’appel de Pinar Selek, visiter les expos consacrées enfin au féminisme dans la capitale… Cette année, elle n’a pas pu profiter de l’Accolade ni des Rosies, mais elle en prenait des nouvelles et se faisait une joie de savoir que ses sœurs de lutte dansaient des chorés militantes dans les rues de Carcassonne. Ces dernières semaines, telle Joë Bousquet, elle a jusqu’au bout, depuis son lit, été le trait d’union, la mémoire, la transmission de l’énergie de la lutte.

Nous ne nous adressons pas à Rosine, ça n’aurait pas eu de sens pour elle, mais nous sommes nombreuses à avoir quitté sa chambre, ces dernières semaines, en ayant laissé un objet en clin d’œil ou partagé un dernier verre de vin, un café (mais sans biscuit à la cannelle, ça non!), un carré de chocolat, avec la promesse muette ou verbalisée de poursuivre ses combats, nos combats. Merci à Rosine, notre Guerrière de lumière, avec qui nous avons milité avec joie et fierté, et que les luttes nécessaires se poursuivent…. jusqu’au bout !